vendredi 8 février 2008

Sauve qui peut (la vie)

Je parlais il y a quelques semaines de Facebook, site web dont je refusais de devenir membre pour des raisons sociologiques. Un engagement professionnel m'a obligé de me joindre à cette grand communauté virtuelle et de plonger dans cette folie qui tient de sujet à ô combien de conversations ces derniers temps.

D'ailleurs, je garde ma position concernant le pathétisme des retrouvailles faites par l'entremise de ce site. Si j'ai effectivement repris contact avec de vieilles connaissances, notre rapport se limite souvent à simplement se rajouter à son réseau d'amis. Je me rends ainsi compte que je communique principalement avec les personnes que je côtoie quotidiennement plutôt qu'avec ces potes à qui je n'ai pas adressé la parole depuis des années. Il y a bien sûr quelques exceptions qui ne font finalement que confirmer mon affirmation.

En fait, ce qui s'avère beaucoup plus intéressant à étudier demeure ces personnes avec qui nous n'avons tout simplement pas envie de reprendre contact. Pour diverses raisons souvent désagréables, on apprécie que la route de la vie nous aille envoyer dans des directions opposées et, si jamais elle voulait que l'on se croise à nouveau, on changerait volontiers de trottoir. Par contre, on se demande parfois ce qu'ils sont devenus et, évidemment, on hésite pas une seconde à les rechercher sur Facebook.

C'est pou ces raisons que j'ai découvert le profil d'un vieux collègue au Cégep. Nous nous étions laissés en très mauvais termes, au point tel que l'on ne s'adressait même plus la parole lors de notre dernière session ensemble. Les tournages de film étudiant, j'en ai déjà parlé ici, peuvent drastiquement détruire des amitiés éphémères. Bien que je n'avais eu aucune nouvelle de lui depuis une éternité, rien ne pouvait me préparer au choc qui allait suivre. Il avait quitté Montréal, pas étonnant puisqu'il détestait la métropole, et avait repris les études. Ce détail me surpris : il détestait l'école et nous annonçait qu'il allait devenir caméraman dès qu'il mettrait la main sur son DEC. Il a donc décidé de changer de parcours pour étudier... la linguistique !!! Le mec que je connaissais était paresseux, le maître du moindre effort et le voilà à étudier les origines du langage ? Pire encore, lui, le célibataire le plus endurci de la planète se trouve désormais «In a relationship» avec une dénommée Marie ? Le mec a véritablement changé. Ce n'est tout simplement plus la même personne. À vrai dire, j'ai même cru un instant me tromper de profil puisqu'au lieu d'une photo se trouvait un dessin lui ressemblant plus ou moins. Ses goûts en musique et en cinéma ont néanmoins confirmé mes doutes.

En jetant un coup d'œil à sa liste d'amis, je découvre qu'il n'a vraisemblablement conservé aucun contact avec aucun de mes proches. Il a donc complètement effacé deux ans de sa vie, allant même jusqu'à changer de ville pour recommencer à neuf. Admirable pour lui, troublant pour moi qui ne peut s'empêcher de me sentir comme un intrus espionnant de loin quelqu'un que je croyais connaître.

dimanche 27 janvier 2008

Pleurs

Pas réellement une histoire, plutôt une constatation.

N'importe qui ayant pris le métro à Montréal, ou dans n'importe quelle autre ville, a inévitablement croisé quelqu'un assis sur un band en train de verser de chaudes larmes. Alors que je me rendais à CHOQ mardi, je suis passé à côté d'une jeune dame tenant son cellulaire d'une main et un mouchoir de l'autre. Son coeur venait peut-être de se briser, mais ne sautons pas à d'hâtives conclusions.

Il s'agit probablement d'une peine si grande qu'elle effrite la notion d'intimité, nous poussant l'exprimer sans pudeur aux yeux de tous. La pauvre fille se voyait comme frappée par la foudre, explosant en pleurs sans se soucier du regard des autres.

Ou alors, peut-être qu'elle désirait au contraire attirer l'attention d'un inconnu. Il est possible qu'elle recherchait le confort d'un étranger en exposant ouvertement ses blessures.

Comme la plupart des passants cette soirée, je ne le saurai jamais. Égoïste, je ne voulais pas avoir mon propre moral brisé et j'ai simplement continué mon chemin.

lundi 21 janvier 2008

Radio

Du riz et des fèves sera désormais diffusé tous les mardis soirs à CHOQ.FM à 23h. Vous pourrez ensuite écouter l'émission sur Podcast quand bon vous semblera.

Si vous avez des anecdotes que vous aimeriez que je raconte en ondes, envoyez-les moi par courriel.

mercredi 9 janvier 2008

Décennie

Il y a dix ans de ça, c'était la fameuse tempête de verglas. Si vous ne savez pas de quoi je parle, vous n'êtes pas Québécois. Nous possédons un bel éventail de désastres écologiques comme les inondations du Lac Saint-Jean. J'étais tout jeune à l'époque et à chaque matin, je me ruais vers le radio pour apprendre si mon école était fermée ou non. Mon père me répondait toujours par la négative, sauf un matin où il ne m'a tout simplement pas réveillé. J'ai compris alors que la fin de semaine allait durer plus longtemps que prévue.

Deux de mes amis l'ont appris en se rendant à l'école à pied. L'autobus n'arrivant pas, ils ont pris la décision de faire le trajet à pied. Ce qui ne devait prendre que quelques minutes a demandé pas loin d'une heure. Ils prétendent qu'ils ne sont pas tombés une seule fois malgré les trottoirs glissants et ma foi, pourquoi pas ! Lorsqu'ils arrivent enfin face au collège, ils remarquent que personne ne se trouve devant le bâtiment. Ils tentent d'ouvrir plusieurs portes, mais elles sont toutes barrées. Ils se regardent avec un mélange d'extase et un incontrôlable sentiment de victoire. Ils pouvaient enfin revenir dans leur demeure pour jouer au Sega CD. Un hit à l'époque était la chanson-thème des Boys d'Éric Lapointe. Comme le dit souvent un de mes deux amis, ça fittait bien avec le moment.

Une expérience très forte en terme de cinéphilie a eu lieu lors de cette tempête. Pendant plusieurs jours, les chaînes de télévisions diffusaient en boucle des informations sur la tempête. Lorsque les événements se calmèrent un peu, ils décidèrent de présenter des films tard le soir, question de changer les idées du peuple apeuré. TVA eu la très étrange idée de jouer le remake de Night of the Living Dead. Étant fasciné par le cinéma d'horreur, j'applaudissais cette initiative et dévorait le film jusqu'à ce que la terreur m'envahisse complètement. Venant tout juste de voir des heures d'actualités montrant le Québec en détresse, je m'identifiais avec ses personnages en prise avec une incontrôlable force de la nature. Je n'ai jamais été capable de le visionner jusqu'au bout, préférant l'humour de Beavis et Butt-Head disponible sur une chaîne canadienne. Je pris une marche très tard dans la soirée, craignant que dans le brouillard, quelques zombies pouvaient se cacher.

jeudi 3 janvier 2008

Suicide

Travailler dans un club vidéo m'a permi de retrouver parmi mes clients quelques camarades du secondaire. Certains étaient au Cégep, d'autres sur le marché du travail ou encore à l'école pour adultes. Il y avait quelque chose de fascinant à pouvoir contempler concrètement des parcours de vie en train de se façonner. Certes, on pouvait s'imaginer sans peine le destin de la majorité des adolescents que nous fréquentions à l'école secondaire. Les revoir ne faisait que confirmer nos croyances.

Une soirée, un ancien collègue de classe m'informe de ses occupations ainsi que celles d'amis communs. Avant de quitter, il se retourne vers moi : « Ah ouais, j'oublais, tu te souviens de Berthier ? »

- Ouais, bien sûr !

- Ben il est plus là !

- Quoi ?

- Il est plus là, il a sauté du haut d'une fenêtre.

Je ne crois pas que personne ne pouvait détester Berthier. Il avait tout du bon gars : drôle, charismatique et porteur d'un rêve que l'on aimait partager avec lui. Il voulait devenir rapper professionnel et faisait ses premiers pas dans un milieu relativement fermé aux Blancs. Il avait de l'expérience de scène et contemplait la possibilité d'enregistrer un album avec ses amis. Il avait rencontré un producteur intéressé mais, vu le minuscule montant offert, il craignait de se faire escrocrer.

Les raisons derrières sa mort s'imaginaient sans peine : les choses ne s'étant pas déroulées comme prévues, il avait probablement préféré tout abandonner plutôt que de perséverer. Entre deux clients, j'ai eu une pensée pour cet ado qui, comme tant d'autres, comme moi d'ailleurs, rêvait de célébrité pour échapper à la médiocrité du quotidien.

Environ un an plus tard, je déambule dans les rues de mon quartier. Je viens de finir un shift de soir au club vidéo et me dirige chez une fille pour qui j'ai le béguin. Je m'arrête dans un dépanneur pour me procurer une boisson gazeuse et qui se trouve derrière la caisse, Berthier ! Il a énormément changé depuis la dernière fois où je l'ai vu. Il a pris énormément de poids, mais ce que je remarque immédiatement est son nouveau regard. La lumière d'espoir a disparu complètement de ses yeux pour être remplacé par un ennui assumé. Une chose me chicote quand même, qu'est-ce qu'il fait là à me vendre du fromage en crotte ? Ne devrait-il pas plutôt se trouver dans le cimetière situé, ironiquement, de l'autre côté de la rue ? Trop gêné pour demander quelques éclaircissements, je ne fais que le saluer poliment avant de quitter le petit commerce.

Dehors, les pensée se bousculent : il n'a peut-être fait qu'une tentative et a survécu, il doit travailler la nuit pour fuir ses démons, ce qui explique son tin déprimé, on s'est peut-être foutu de ma gueule aussi... Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais eu de réponse à mes questions. Rien n'a réussi à effacer cette impression d'avoir passé quelques minutes en compagnie d'un fantôme.

lundi 31 décembre 2007

2008

Le party du Nouvel An est reconnu pour ses excès. On dirait que débuter l'année avec un mal de tête est une tradition pour les Terriens. Ce qui me rappelle une histoire de lendemain de brosse plutôt troublante.

Un acteur me racontait sa conversation avec un téléphoniste d'Urgence 9-11. Il lui demande quel est l'appel le plus étrange qu'il a reçu de toute sa carrière. Il lui répond qu'une fin de semaine, vers cinq heures du matin, un homme appelle et explique qu'il vient de se remettre d'un méchant trip. Il vient de sortir des vappes pour découvrir qu'il a tranché son pénis et l'a fait cuire dans une poêle.

Sur ce, je vous souhaite une bonne année 2008.

dimanche 30 décembre 2007

Décembre

Une amie partageait un appartement avec une jeune fille en relation avec un mec un peu plus âgé. Celui-ci n'avait pas très bonne réputation dans son entourage. Il laissait à tous la même première impression, qu'il était une genre de loque sympa mais avec qui une conversation de plus de cinq minutes plongeait dans un indescriptible ennui. Faut croire que sa propre copine partageait cet opinion puisqu'elle n'hésitait pas à le tromper avec le premier venu. Lors d'un party, la loque est venu faire un tour pour dire bonjour à sa blonde et cinq minutes plus tard, voilà un des nombreux amants qui se pointe le bout du nez !

La colocataire de mon amie ne savait quoi répondre lorsqu'on lui demandait pourquoi elle ne laissait pas son chum. Elle expliquait qu'elle se sentait en sécurité avec lui, qu'il la rendait heureuse et que l'héritage de sa grand-mère s'avérait assez alléchant. Un jour, elle prend enfin la décision de mettre fin à sa relation. Le téléphone sonne. Son copain l'attend à l'autre bout de la ligne. Après leur conversation, elle apprend à mon amie qu'elle ne peut pas laisser son chum.

Il souffre d'un cancer et est en phase terminale...